Voici
un aperçu du livre écrit par Gilles Sagot, président de l'Association des
Mushers du Québec.
L’ASCENSION
La
tempête d’hier a laissé une bonne couverture de neige un peu partout.
Le
chasse-neige de la municipalité n’a pas réussi à gratter complètement la
route bitumée et une petite couche de quelques centimètres est encore présente.
J’en
profite pour laisser les chiens prendre ce grand boulevard devant nous. Au loin
devant, la piste forestière apparaît.
En
passant devant la première maison, verte au toit rouge, j’aperçois Réjean
devant sa fenêtre entrain de boire son café. Il nous fait signe de la main. Je
lui réponds rapidement car les chiens sont en pleine vitesse.
Le
traîneau file à toute allure et les chiens se lâchent vraiment. Cela fera un
bon échauffement avant d’attaquer la montée.
À
ma droite, la petite érablière fume et il y a de l’activité à l’intérieur.
Ce n’est pas encore le temps des sucres mais ils doivent déjà penser à
cette grosse activité du printemps.
Le
premier kilomètre est absorbé en quelques minutes à peine mais je sais que le
rythme va très vite ralentir.
La
dernière maison à ma gauche disparaît derrière moi pour laisser place à la
forêt, au silence, à la beauté. C’est ici que la route municipale se
termine et qu’un long chemin suivant la rivière nous mènera jusqu’au Lac
Marsoui à 10 kms de là.
Le
rythme est assez bon pour le moment et les chiens ont ralenti un peu la cadence.
Des
traces de motoneiges sont présentes. Ce doit être Réjean qui est allé couper
du bois hier.
À
ma droite, le bruit de la rivière qui descend doucement de la montagne se fait
entendre. Burney tourne la tête, comme à chaque fois qu’il passe ici. Il
semble surpris par le bruit.
À
ma gauche, un pan de montagne abrupte qui s’effrite laisse apparaître de
nombreuses roches qui descendent de temps en temps sur le chemin. Je fais accélérer
un peu les chiens pour passer plus vite au cas où.
À
cette heure-ci, le soleil ne peut pas encore rentrer dans la vallée et le froid
est plus intense.
Les
gros érables majestueux, entourés de petits bouleaux blancs, montent la garde
de chaque coté de la piste. Les cèdres, sapins et épinettes laissent une
odeur agréable au passage.
Des
traces d’animaux sont présentes sur la neige fraîche et les chiens lèvent
de temps en temps la truffe en l’air pour renifler quelques odeurs encore présentes.
Je
sais qu’ils ne sont pas encore en pleine concentration mais je les laisse
travailler à leur guise.
Nous
passons au-dessus d’un petit pont naturel où l’eau glacée descend à toute
vitesse d’une longue coulée et passe en dessous de la piste
pour aller rejoindre le lit tranquille de la rivière.
Devant
nous apparaît la première bonne montée. Je vais pouvoir descendre des patins
pour les aider un peu. Cela me réchauffera.
“
Hop, hop, en avant …“
Le
traîneau avance doucement. Seul le halètement des chiens se fait entendre.
La
rivière, à cet endroit est beaucoup plus basse et s’écarte du chemin.
En
moins d’un quart d’heure, la transpiration commence à perler sur mon front.
Mon cœur et mon souffle accélèrent.
Des
traces de motoneige tournent à gauche dans un sentier qui mène à un camp de
chasse un peu plus haut dans la montagne. Mais devant nous d’autres traces
sont encore présentes. Espérons qu’elles nous mènent
jusqu’en haut !
Au
village, il n’y a plus beaucoup de personnes qui montent là-haut l’hiver.
La population vieillit et les jeunes sont pratiquement tous partis en ville
chercher du travail.
Quelques-uns
partent de temps en temps en montagne pour aller couper du bois, relever
quelques pièges ou se promener lorsque la météo est plus clémente. J’ai
donc peu de chance de croiser âme qui vive pendant mon excursion.
Mes
pieds s’enfoncent d’une bonne dizaine de centimètres à chaque pas dans la
neige et les muscles de mes cuisses commencent à brûler. Mes mains serrent
fortement le manche en frêne du traîneau. Les chiens marchent un peu plus vite
que moi et ce sont eux maintenant qui m’aident en me tirant...